Le 4e jour de course était aussi le premier jour du Trophée Grande Odyssée, premier du nom, qui se développe sur le même format que le Trophée Haute Maurienne: 3 jours de course avec une étape 50 kilomètres par jour. Le suisse Marc Tercier, qui n'avait pu faire mieux qu'une troisième place l'an dernier sur le Trophée Haute Maurienne Vanoise qu'il avait remporté en 2010, a frappé un grand coup en s'emparant d'emblée de la première place. Seul François Pagnoux le pyrénéen parvient à lui résister en ne concédant qu'une minute trente. Tous les autres sont relégués à plus de 18 minutes. Ils signent l'un et l'autre des temps qui les auraient placés à la 8e place sur La Grande Odyssée Savoie Mont Blanc. Une première étape qui aura mis en lumière un certain nombre d'attelages de très bonne qualité qui pourrait prétendre rapidement et dès l'an prochain pour certains, à la grande soeur du Trophée, La Grande Odyssée Savoie Mont Blanc.
Photos Clotilde Richalet

5ème étape: Montagnes russes

Quelques photos de cette superbe étape qui emmena les attelages à plus de 2000 mètres d'altitude.


Sur une course comme La Grande Odyssée Savoie Mont Blanc il est une règle absolue : « ne pas allumer dans les descentes » selon le mot de Jean Combazard, le musher de Seine et Marne, fidèle à l’épreuve pour la quatrième année avec sa meute de huskies. « Je descends toujours tout doucement pour ménager les épaules de mes chiens ». Car si l’effort est plus grand en montée, les risques de traumatismes sont plus sérieux dans la descente. « C’est exactement comme nous quand on fait de la randonnée en montagne, en descente on a tendance à retenir et donc les genoux travaillent dur » explique Aurélie Levieuge, membre de l’équipe de vétérinaires. « Pour les chiens, ce sont les biceps brachiaux et la ceinture scapulaire qui sont sollicitées » poursuit le jeune spécialiste des chiens sportifs. Autrement dit, les épaules et la clavicule assurent l’amorti. « Il faut ménager l’ossature des chiens » insiste Isabelle Travadon, la seule musheuse engagée qui en est à sa cinquième édition. « Les huskies sont des chiens habitués à trottiner plus qu’à courir. Ils sont plus fragiles que les alaskans, issus de chiens de chasse qui sont des chiens courants » poursuit cette passionnée de chiens de traineau.


L’étape de ce jour entre Les Saisies et Notre Dame de Bellecombe longue de 53 km, affiche, contrairement aux autres étapes, une dénivelée négative de 2900 m, supérieure à celle accumulée en montée (2600 m). La manière dont les mushers doivent gérer la course est donc légèrement différente de celle des étapes où les ascensions cumulées sont supérieures aux descentes.


En cas de belle vitesse, les mushers ont à leur disposition, pour calmer le jeu, trois équipements clé sur leur traineau : le frein métallique, le tapis clouté et les chaînes. A l’arrière du traîneau, il y a une sorte de mâchoire sur laquelle le musher pose un pied avec plus ou moins de pression pour l’enfoncer dans la neige et ralentir l’attelage. Si cela ne suffit pas, il rabat le petit tapis de caoutchouc, doté de petites pointes, entre les deux patins et en cas de descente très raide, voire d’emballement du traîneau, le musher peut lâcher les chaînes. Il s’agit de deux petits morceaux de chaînes métalliques enroulés autour des patins, à l’avant et maintenus en l’air par un système d’élastique avec un retour sur la barre du traîneau. D’un doigt, le musher peut relâcher la tension en cas d’urgence et les chaînes viennent se bloquer sous les patins. Un système très efficace et très simple, mis au point pour La Grande Odyssée Savoie Mont Blanc qui est la course la plus accidentée au monde, en termes de terrain.

Dernière botte secrète : « en cas de cata on peut toujours attraper le frein à main (NDLR : sorte d’ancre en forme de gros sabot avec deux griffes que le musher peut planter dans la neige) » conclut en riant Daniel Juillaguet, seul musher a avoir fait toutes les éditions.

Jack Gaspard, lui aussi fidèle de l’épreuve, se méfie comme de la peste des descentes, même s’il admet que « cela repose un peu les chiens ». L’an dernier, sur l’étape vers Champéry ( Suisse), le seul musher casqué de la course a laissé son traîneau prendre de la vitesse, et dans un virage a doublé ses chiens. « J’ai perdu le contrôle et roulé sur un de mes chiens, Kéops qui sous le choc s’est évanoui. Son collier l’étranglait et je n’ai eu que le temps de sortir mon couteau pour couper la sangle d’attelage » raconte cet homme du Vercors qui aime tant ces longues courses.
Patricia-M. Colmant